Sortie de crise : comment gérer son endettement ?

Article en partenariat avec Cerfrance

Deux ans après le déclenchement de la pandémie et alors qu’en raison de la guerre en Ukraine l’horizon économique s’assombrit, les entreprises ayant contracté un Prêt Garanti par l’État sont confrontées à un dilemme : conserver leur trésorerie pour accompagner le redémarrage de l’activité, ou rembourser une dette. Certes utile, celle-ci ne génère pas de rentabilité supplémentaire, car elle est investie dans la “survie” et non pas dans le développement. L’équation peut être délicate à résoudre.

Au cours des derniers mois, les entreprises ont vu leur niveau d’endettement augmenter sensiblement. Il n’y a pas à regretter cette situation. Pour nombre d’entreprises, le Prêt Garanti par l’État (PGE) a servi de bouée pour garder la tête hors de l’eau. Pour d’autres, plus “chanceuses”, il n’y a pas eu besoin de puiser dans cette réserve, et c’est tant mieux. La prudence était sûrement la meilleure stratégie face à cette crise inédite et planétaire. Certains dirigeants doivent encore choisir les modalités de remboursement de leur PGE. Certains n’auront pas d’autre choix que de différer ou échelonner le remboursement sur 4 ans. D’autres, qui n’ont pas consommé leur PGE, choisiront peut-être de le rembourser immédiatement, et sur une seule échéance, pour se désendetter au plus vite. Quelle que soit la situation de l’entreprise, il est important de mesurer les enjeux de cette décision, voire les opportunités qu’elle offre, en termes de gestion de trésorerie.

PRÉSERVER LA TRÉSORERIE AU CAS OÙ

Il n’aura échappé à personne que la pandémie n’est pas complètement derrière nous. Des variants font leur apparition, laissant planer un doute sur un risque de rebond de l’épidémie. Parallèlement, la crise sanitaire a fait place à une nouvelle “épidémie” appelée pénurie, difficultés d’approvisionnements en matière première, pression sur les prix, fortement renforcée depuis l’invasion russe en Ukraine et qui a un impact sur la relance de l’activité et la rentabilité des entreprises touchées. La prudence reste de mise. Enfin, il peut être dommage de se séparer d’un prêt consenti sur 6 ans avec un différé de remboursement de 2 ans, sans garanties ni caution pour le dirigeant et que l’on peut utiliser au choix pour financer la trésorerie, du stock ou un investissement. Cerise sur le gâteau : le taux d’intérêt reste raisonnable.

PRÉPARER LE REMBOURSEMENT

Repousser l’échéance du remboursement ne doit pas occulter la réflexion sur la gestion de la dette et de la capacité d’investissement de l’entreprise. Le sujet est d’autant plus important que le poids de cette dette se fera sentir pendant 4 à 5 ans selon l’option de remboursement choisie par le dirigeant. C’est la capacité de l’entreprise à investir qui est en jeu. À cette fin, le dirigeant doit projeter ses perspectives de rentabilité en simulant plusieurs scenarii (optimiste, pessimiste, retour à la situation avant Covid) afin de mesurer sa capacité de remboursement de la dette ancienne et nouvelle. Cette analyse pourra conduire le dirigeant à envisager de restructurer la dette ancienne (allongement, moratoire) pour se donner de nouvelles marges de manœuvre, ou encore à travailler sur le renforcement des capitaux propres de l’entreprise. Apports en fonds propres des dirigeants, entrée de nouveaux associés, mobilisation de prêts participatifs voire réévaluation des actifs pour donner au bilan une image plus conforme à la réalité économique peuvent être des solutions à envisager.

ON Y CROIT

Compte tenu de la conjoncture actuelle, il n’est pas exclu que les conditions de remboursement du PGE puissent être assouplies par les pouvoirs publics. Il serait dommage d’asphyxier les entreprises par des conditions de remboursement contraignantes après leur avoir fait une séance de bouche-à-bouche avec le PGE.

Par Serge Thomas, Conseiller d’entreprise Cerfrance

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